Bagarres entre frères et sœurs : passer de la compétition au jeu en équipe

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Un cri retentit, des larmes coulent ou le classique « c'est à moi ! » résonne, et vous voilà, au milieu du salon, à essayer de comprendre qui a commencé. Les disputes entre frères et sœurs épuisent d'une façon bien particulière : ce n'est pas seulement le bruit, c'est ce sentiment que, quoi que vous fassiez, quelqu'un finit par y perdre. Si vous vous sentez arbitre chez vous, respirez. Vous ne trouverez pas ici la formule magique pour qu'ils arrêtent de se chamailler, car cette formule n'existe pas. Ce que vous pouvez faire, en revanche, c'est changer votre rôle dans la scène : au lieu de distribuer les torts, accompagnez l'instant, et aidez-les, petit à petit, à apprendre à être ensemble sans que tout soit une compétition.

Pourquoi ils se disputent (alors qu'ils s'aiment)

C'est difficile à croire après cinq disputes en une matinée, mais derrière presque toutes les bagarres entre frères et sœurs se cache un besoin très légitime : qu'on me voie, qu'on sache que je compte aussi, que cet espace est aussi le mien. Ils ne se disputent ni par égoïsme ni parce que l'un serait « le bon » et l'autre « le mauvais ». Ils se disputent parce qu'ils partagent presque tout (l'espace, les jouets, votre attention) et qu'ils n'ont pas encore tout à fait les compétences pour se le répartir sans se heurter. La rivalité n'est pas une faille chez vos enfants. C'est ce qui apparaît quand deux petites personnes, avec très peu de ressources pour négocier, doivent vivre ensemble de très près. Les enfants font ce qu'ils peuvent avec ce qu'ils ont. Et quand ce qu'ils ont, c'est peu de vocabulaire émotionnel et beaucoup d'empressement à obtenir ce qu'ils veulent, la bourrade ou le cri jaillit. Voir les choses ainsi change beaucoup la donne. Vous n'êtes plus face à « deux qui n'arrêtent pas de se faire la guerre », mais face à deux enfants qui ont besoin d'apprendre quelque chose qu'ils ne savent pas encore faire : prendre son tour, exprimer la colère sans blesser, demander son espace avec des mots.

Votre rôle n'est pas d'être arbitre

Il est très tentant d'entrer dans l'enquête : « qui a commencé ? », « pourquoi lui as-tu pris ça ? ». Le problème, c'est que ce rôle vous plonge de plain-pied dans la dispute. Quand vous décidez qui a raison, l'un gagne et l'autre perd, et celui qui perd apprend que la prochaine fois il devra crier plus fort pour que vous le croyiez, lui. Je sais combien il est difficile de ne pas intervenir. Votre colère, à vous aussi, monte quand vous voyez l'un faire du mal à l'autre, ou quand vous avez passé toute la journée à vous retenir. C'est normal, et cela ne fait pas de vous un parent moins bon. Mais quand vous « jetez de l'huile sur le feu » (en élevant la voix, en prenant parti, en rejetant la faute), la scène s'échauffe davantage. Il y a une autre voie : cesser d'être le juge pour devenir celle ou celui qui protège et accompagne. Vous ne décidez pas qui a raison. Vous veillez à ce que personne ne soit blessé, vous aidez les émotions à redescendre un peu, et vous rendez progressivement la responsabilité de résoudre aux frères et sœurs eux-mêmes. C'est moins spectaculaire que de dicter sentence, mais c'est ce qui les entraîne vraiment.

Le « comment » du moment, en trois étapes

Quand la bagarre bat son plein, ce n'est pas le moment de raisonner ni de donner des leçons. C'est le moment de contenir. Ces trois étapes vous servent de fil conducteur quand vous ne savez plus par où commencer.

1. Protéger par une limite-geste

S'il y a des tiraillements, des poussées ou quoi que ce soit qui puisse finir en blessure, une limite n'est pas un sermon : c'est un geste. Vous vous approchez, vous vous mettez à leur hauteur et vous séparez physiquement ce qu'il faut, avec calme. « Je ne vous laisse pas vous faire du mal ». Point. Pas besoin de discours. Votre corps tranquille entre les deux en dit déjà plus que vingt phrases.

2. Valider les deux

Au lieu de chercher un coupable, mettez des mots sur ce que vous voyez chez chacun. « Toi, tu voulais continuer à jouer avec ça » et « Toi aussi, tu le voulais tout de suite ». Ils ont tous les deux une raison, même si la façon de résoudre a été catastrophique. Valider, ce n'est pas donner raison : c'est leur dire que leurs envies et leur colère ont du sens. Quand un enfant se sent compris, il baisse la garde.

3. Co-réguler et leur rendre le problème

Une fois les émotions un peu apaisées, vous pouvez les aider à sentir leur corps (« je vois que vous êtes tous les deux très nerveux, on va respirer un instant ») puis leur renvoyer le défi : « Vous avez une voiture et vous êtes deux. Comment on fait ? ». Au début, c'est vous qui proposerez les options. Avec le temps, et sans magie, ils commenceront à les proposer eux-mêmes. C'est cela, le véritable apprentissage.

Ce qu'il vaut mieux éviter (même si ça sort tout seul)

Il existe des réactions très automatiques qui, sans le vouloir, alimentent la rivalité. Ce n'est pas grave de les avoir utilisées mille fois ; il s'agit simplement de les délaisser peu à peu. Comparer. « Regarde ton frère, comme il se tient bien » fait de l'autre un rival et sème le ressentiment. Chacun a besoin de sentir qu'il a sa place sans devoir la gagner face à l'autre. Étiqueter. « L'aîné cède toujours », « le petit est le chouchou », « celui-ci est le problème ». Les étiquettes collent à la peau, et les enfants finissent par se conformer au rôle qu'on leur attribue. Minimiser. « Ce n'est pas si grave », « ce n'est qu'une bêtise de jouet ». Pour vous, c'est peut-être une bêtise ; pour lui, c'est la chose la plus importante du monde à cet instant. Minimiser ne calme pas, cela éloigne. Chercher un coupable à tout prix. Quand le focus est sur qui a commencé, personne n'apprend à réparer. Quand le focus est sur comment on résout maintenant, ils commencent à construire la capacité de réparer.

Le travail (aussi) est le vôtre

Il y a une part de tout cela qui ne concerne pas vos enfants, mais vous. Les disputes entre frères et sœurs viennent souvent toucher des cordes personnelles : peut-être rejouez-vous quelque chose que vous avez vécu avec vos propres frères et sœurs, peut-être le bruit vous oppresse, peut-être craignez-vous qu'ils « ne s'aiment pas ». Remarquer ce qui se passe en vous à ce moment-là, c'est déjà la moitié du travail. Quand vous sentez que vous allez exploser, c'est d'abord un signal pour vous. Une respiration avant d'intervenir change complètement votre ton. Il ne s'agit pas d'être un parent de pierre, mais de vous rendre compte que, si vous entrez agité, la scène monte ; si vous entrez ferme et calme, la scène a par où redescendre. Et soyez réaliste : vous ne les empêcherez pas de se disputer. Les frères et sœurs se disputent, c'est ainsi qu'ils apprennent à vivre ensemble. Ce que vous changez, c'est la qualité de ces disputes et votre manière de les soutenir. L'émotion baisse un peu, ils gagnent un peu en habileté, et c'est déjà apprendre.

Par où continuer

Tout cela se pratique mieux dans le calme, pas en plein cri. C'est pourquoi il aide d'avoir des outils pour y travailler quand les eaux sont tranquilles. Si vous souhaitez une manière proche de parler de cela avec vos enfants, l'histoire sur les bagarres entre frères et sœurs vous offre un moment partagé pour voir ces situations de l'extérieur, avec des personnages qui découvrent comment passer de la compétition au jeu en équipe. Elle sert à mettre des mots sur ce qui, à la maison, se réduit souvent à des cris, et elle laisse une phrase-outil que vous pourrez ressortir au quotidien. Et si vous préférez quelque chose de plus concret, dans la section des activités vous trouverez des propositions pour s'exercer à prendre son tour, à coopérer et à réparer quand personne n'est en colère. Jouer ensemble à quelque chose où l'on gagne ou perd en équipe entraîne, presque sans s'en rendre compte, cette idée de « nous sommes dans le même camp ».

Ressources associées

Lire ensemble l'histoire sur les bagarres entre frères et sœurs pour les voir de l'extérieur et garder une phrase-outil (/fr/cuentos/peleas-entre-hermanos/) Explorer les activités pour s'exercer à prendre son tour et à coopérer quand personne n'est en colère (/fr/actividades/)

Questions fréquentes

Est-ce normal que mes enfants se disputent autant ?

Oui. Les frères et sœurs partagent l'espace, les objets et votre attention, et ils apprennent encore à se répartir tout cela sans se heurter. Se chamailler fait partie de l'apprentissage de la vie commune. Ce que vous pouvez faire évoluer, c'est la manière dont vous accompagnez ces disputes, pas le fait qu'elles existent.

Dois-je toujours intervenir ou les laisser se débrouiller seuls ?

Cela dépend. S'il y a un risque que quelqu'un soit blessé, vous intervenez par une limite-geste : vous séparez et vous protégez. S'il s'agit d'une discussion de mots qu'ils peuvent gérer, vous pouvez rester à proximité sans diriger, disponible s'ils ont besoin de vous. La clé est de protéger sans devenir arbitre.

Comment éviter de prendre parti pour l'un d'eux ?

Au lieu de chercher un coupable, mettez des mots sur ce que veut chacun : « toi, tu voulais continuer à jouer » et « toi aussi, tu le voulais ». Valider les deux sans donner raison à personne leur enseigne que leurs émotions comptent, et cela défait la course pour savoir qui vous croirez.

Comparer mes enfants entre eux les motive-t-il à s'améliorer ?

Cela produit souvent l'inverse : la rivalité augmente et le ressentiment s'installe. Comparer fait du frère ou de la sœur un rival à surpasser. Chaque enfant a besoin de sentir qu'il a sa place sans devoir la gagner face à l'autre.

Quand faudrait-il s'inquiéter de la relation entre frères et sœurs ?

Les disputes fréquentes sont habituelles. Si vous remarquez une agressivité très intense et durable, un mal-être prolongé chez l'un d'eux ou quoi que ce soit qui vous inquiète vraiment, n'hésitez pas à en parler à votre pédiatre ou à un professionnel. Demander n'est pas s'alarmer, c'est prendre soin.