Inquiétudes et « et si… » : aider votre enfant à faire un petit pas

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Il est vingt et une heures. Le pyjama est déjà enfilé, la lumière est tamisée, et soudain cela arrive : « Et si demain personne ne veut jouer avec moi ? », « Et si je me trompe devant toute la classe ? », « Et s'il t'arrive quelque chose pendant que je suis à l'école ? ». Et vous, qui étiez sur le point de clôturer la journée, sentez ce nœud qui revient. Si cela vous parle, respirez. Cela ne signifie pas que vous vous y prenez mal, ni que votre enfant a un problème. Les inquiétudes et les « et si… » sont l'une des façons les plus courantes dont l'anxiété se manifeste chez l'enfant. Et il existe des manières de les accompagner qui ne passent pas par le convaincre que « ce n'est rien ». Ici, nous ne vous promettrons pas que les inquiétudes disparaissent. Nous allons vers quelque chose de plus honnête et de plus utile : comprendre ce que votre enfant cherche à vous dire sous tout cela, quelle habileté vous pouvez l'aider à construire, et ce que vous pouvez faire sur le moment sans vous enliser.

Ce qui se cache derrière tant de « et si… »

L'inquiétude n'est ni un caprice ni une manie. C'est l'esprit de votre enfant qui essaie d'anticiper les dangers pour se sentir en sécurité. Le cerveau enfantin est encore en train d'apprendre à distinguer une menace réelle d'une menace imaginée, et il arrive que l'alarme se déclenche alors qu'il n'y a pas le feu. Derrière chaque « et si… » se cache presque toujours un besoin de sécurité. Votre enfant ne cherche pas à vous embêter à l'heure du coucher ni à faire durer le moment. Il cherche à sentir que le monde est un endroit prévisible et que, quoi qu'il arrive, vous serez là. Quand on le regarde ainsi, tout change. Nous ne sommes plus face à un enfant qui « s'affole pour des broutilles », mais face à quelqu'un qui fait ce qu'il peut avec les outils dont il dispose. Et notre travail n'est pas de lui retirer l'inquiétude d'un coup, mais de lui donner davantage d'outils pour entrer en relation avec elle.

Pourquoi le convaincre que « ce n'est rien » n'aide pas

L'élan le plus naturel du monde est de rassurer : « il ne va rien se passer », « ça n'a pas de sens », « je suis sûr que demain tout ira bien ». Nous le faisons avec la meilleure intention du monde. Mais souvent, l'inquiétude, au lieu de baisser, insiste avec encore plus de force. Pourquoi ? Parce que, quand nous lui disons « ce n'est pas grave », sans le vouloir nous lui disons que son émotion est de trop. Et alors il doit la défendre : il vous apporte un autre « et si… », puis un autre, cherchant enfin à se faire comprendre combien c'est important pour lui. De plus, quand nous courons résoudre chaque inquiétude ou donner mille garanties (« je te promets qu'il ne m'arrivera rien »), sans nous en rendre compte, nous lui enseignons que la seule façon d'être tranquille est d'avoir toutes les réponses. Et cela alimente la boucle : plus nous demandons de certitudes, plus il est difficile de tolérer l'incertitude. L'alternative n'est pas de discuter avec l'inquiétude. C'est de l'accompagner pendant que votre enfant apprend qu'il peut la porter et avancer quand même.

Le piège du rassurement infini

Si vous remarquez que vous répondez à la même inquiétude encore et encore et que cela ne suffit jamais, ce n'est pas que vous vous y prenez mal. C'est la nature de la boucle : le calme qu'apporte une garantie dure très peu et en réclame bientôt une autre. C'est pourquoi il aide davantage de valider l'émotion et de lui rendre peu à peu la confiance qu'il peut y arriver, plutôt que de devenir sa source permanente de sécurité.

Le comment du moment : trois étapes quand cela arrive

Quand la vague des « et si… » arrive, vous n'avez pas besoin du discours parfait. Vous avez besoin d'une carte simple pour ne pas vous perdre vous-même. Voici trois étapes que vous pouvez répéter autant de fois qu'il le faudra. D'abord, protéger le moment avec calme. Ralentissez, asseyez-vous à sa hauteur, respirez avant. Votre corps apaisé est le premier signal qu'il n'y a pas d'urgence. Inutile de dire quoi que ce soit de particulier pour l'instant ; parfois, il suffit de rester là. Ensuite, validez ce qu'il ressent avant de proposer quoi que ce soit. « Je vois que tu t'inquiètes pour demain. C'est normal d'y penser. » Nommer l'émotion ne l'agrandit pas : cela lui donne une place et baisse un peu l'intensité. Sans magie, mais cela baisse. Enfin, co-régulez et faites ensemble un petit pas. Vous pouvez l'aider à remarquer son corps (« Où sens-tu l'inquiétude, dans le ventre, dans la poitrine ? ») et à respirer avec vous. Et ensuite, au lieu de résoudre tout le problème imaginaire, cherchez ensemble un seul pas concret et petit pour demain. Pas « tout va bien se passer », mais « demain, quand tu entreras, quelle est la première chose que tu peux faire ? ».

Un petit pas est plus utile qu'une grande solution

L'inquiétude grandit quand l'esprit saute jusqu'à la pire fin possible. L'antidote n'est pas de discuter cette fin : c'est de revenir au concret et au proche. Un petit pas réalisable (saluer un camarade, préparer son sac, répéter une phrase) lui rend la sensation qu'il peut faire quelque chose. Et faire quelque chose, même un minimum, apaise davantage que mille garanties.

Quelle habileté votre enfant est-il en train d'apprendre ?

Chaque fois que vous accompagnez une inquiétude de cette manière, votre enfant s'entraîne à quelque chose de précieux : la tolérance à l'incertitude. C'est-à-dire, apprendre qu'on peut sentir le trac de ne pas savoir ce qui va se passer et avancer quand même. C'est une habileté qui se construit lentement, avec de la pratique et dans le calme. Elle ne s'apprend pas quand l'inquiétude est à son comble, tout comme on n'apprend pas à nager au milieu d'une tempête. Elle s'apprend dans les moments tranquilles, en parlant des inquiétudes quand elles ne crient pas, en leur donnant un nom, en imaginant de petits pas. Une image qui aide souvent les enfants consiste à traiter l'inquiétude comme une petite voix qui sonne l'alarme trop fort, et non comme une vérité. « Tiens, ta petite voix des et si est encore là. Merci d'avoir prévenu, mais celle-ci, c'est moi qui m'en occupe. » Externaliser l'inquiétude ainsi lui donne de la distance et une sensation de maîtrise, sans nier qu'elle existe. Et il y a quelque chose d'important : vous aussi, vous apprenez. Vous vous exercez à ne pas vous laisser happer par sa peur, à ne pas courir la résoudre, à faire confiance au fait qu'il peut la porter avec vous à ses côtés. Ce ne sera pas toujours parfait, et ce n'est pas grave. Il s'agit de répéter, pas de réussir du premier coup.

Votre part à vous : que ressentez-vous quand vous le voyez inquiet ?

Cela vaut la peine de regarder cela en face. Quand votre enfant s'inquiète, quelque chose bouge aussi en vous. Peut-être est-il difficile de le voir souffrir et voulez-vous effacer l'inconfort au plus vite. Peut-être que son anxiété se connecte à la vôtre. Peut-être finissez-vous la journée épuisé et ces questions à vingt et une heures vous débordent. Tout cela est humain et ne fait pas de vous une moins bonne mère ou un moins bon père. Au contraire : le remarquer est ce qui vous permet de ne pas réagir depuis votre propre nervosité. Parce que si vous vous alarmez quand il s'alarme, l'inquiétude reçoit la confirmation que oui, il y avait de quoi s'inquiéter. Votre calme ne signifie pas que cela ne vous touche pas. Cela signifie que vous prêtez à votre enfant la sécurité qu'il ne peut pas encore se donner seul. Avant de lui répondre, accordez-vous une seconde : un souffle, relâchez les épaules, rappelez-vous que ce n'est pas une urgence. Depuis là, vous accompagnez bien mieux. Et si, à un moment donné, vous remarquez que les inquiétudes deviennent très intenses, très fréquentes, ou l'empêchent de faire des choses du quotidien (aller à l'école, dormir, manger, jouer), n'hésitez pas à en parler avec votre pédiatre ou avec un professionnel de santé infantile. Demander conseil n'est pas une alerte : c'est un outil de plus.

Par où continuer

Si vous souhaitez une manière concrète de travailler cela sans sermons, les histoires aident beaucoup. Une histoire met l'inquiétude à l'extérieur, dans un personnage, et offre à votre enfant un récit et une phrase-outil à laquelle se raccrocher quand arrivent les « et si… ». Vous pratiquez l'habileté depuis le calme, dans le petit moment tranquille d'avant le coucher, et non en pleine vague. Dans notre histoire sur les inquiétudes et l'anxiété, vous trouverez un compagnon pour ces nuits aux mille questions : un personnage qui apprend à remarquer sa petite voix inquiète et à faire un petit pas, ainsi qu'un guide pour vous avec le comment du moment. Et si vous cherchez quelque chose de plus pour le quotidien, dans nos activités vous trouverez des propositions simples pour nommer les émotions, remarquer le corps et répéter de petits pas en jouant, quand l'inquiétude n'est pas allumée. Parce que c'est là, dans le calme, que l'habileté s'entraîne vraiment.

Ressources associées

Voir l'histoire sur les inquiétudes et l'anxiété, avec un guide pour accompagner ces nuits aux mille « et si… » (/fr/cuentos/preocupaciones-y-ansiedad/) Explorer des activités pour nommer les émotions et répéter de petits pas depuis le calme (/fr/actividades/)

Questions fréquentes

Est-ce normal que mon enfant ait autant d'inquiétudes ?

Les inquiétudes et les « et si… » sont très courantes chez l'enfant, surtout lors des étapes de changement ou quand l'esprit commence à anticiper l'avenir. En soi, elles ne sont pas un problème. Ce qui fait la différence, c'est la manière dont nous accompagnons : valider l'émotion et aider à faire de petits pas aide davantage que d'essayer de convaincre que ce n'est rien.

Pourquoi lui dire qu'il ne va rien se passer ne fonctionne-t-il pas ?

Parce que, sans le vouloir, cela lui transmet que son émotion est de trop, et alors il la défend avec plus de force en vous apportant de nouveaux « et si… ». De plus, donner des garanties constantes lui enseigne qu'il ne peut être tranquille qu'en ayant toutes les réponses. Valider d'abord, puis proposer un pas concret, fonctionne généralement mieux que trop rassurer.

Que faire s'il revient sans cesse avec la même inquiétude ?

C'est la nature de la boucle : le calme qu'apporte une garantie dure très peu. Au lieu de répondre à nouveau à la question, essayez de valider (« oui, la petite voix insiste ») et de rediriger vers un petit pas réalisable pour demain. Cela lui rend la sensation qu'il peut faire quelque chose, ce qui apaise davantage qu'une autre garantie.

Quand devrais-je consulter un professionnel ?

Si les inquiétudes deviennent très intenses, très fréquentes, ou l'empêchent de faire des choses du quotidien comme aller à l'école, dormir, manger ou jouer, c'est une bonne idée d'en parler avec votre pédiatre ou avec un professionnel de santé infantile. Ce n'est pas une alerte : c'est un outil de plus pour mieux vous accompagner.

À quel moment de la journée convient-il de parler des inquiétudes ?

L'habileté de tolérer l'incertitude s'entraîne depuis le calme, et non en pleine vague. Profitez de moments tranquilles de la journée pour évoquer les inquiétudes, leur donner un nom amusant ou répéter de petits pas. Ainsi, quand elles apparaîtront le soir, votre enfant aura déjà de quoi se raccrocher.

Et si c'est moi qui deviens nerveux en le voyant inquiet ?

C'est très humain. Remarquer votre propre nervosité est justement ce qui vous permet de ne pas réagir depuis là. Avant de lui répondre, accordez-vous un souffle et rappelez-vous que ce n'est pas une urgence. Votre calme ne nie pas son émotion : il lui prête la sécurité qu'il ne peut pas encore se donner seul.