Que dire pendant une crise de colère sans en faire un combat

9 min de lecture

Vous êtes dans le couloir, ou dans la cuisine, ou au milieu du supermarché. Votre enfant crie, se jette par terre, et vous sentez tout s'accélérer en vous. Vous commencez à parler de plus en plus, et chaque mot semble ajouter de l'huile sur le feu. Ça vous parle, n'est-ce pas ? D'abord, respirez. Vous ne vous en sortez pas si mal. Une crise de colère n'est pas votre échec ni la preuve que votre enfant « se conduit mal ». C'est une tempête que son cerveau ne sait pas encore calmer tout seul. Et au milieu de cette tempête, ce que vous dites compte moins pour les mots exacts que pour ce qu'ils transmettent : sécurité ou conflit. Dans cet article, nous allons voir quoi dire (et quoi taire) pendant une crise de colère pour accompagner le moment sans en faire un bras de fer. Sans magie : nous n'allons pas faire disparaître l'émotion. Mais nous pouvons la faire baisser un peu, et ça, c'est déjà apprendre.

Pourquoi parler aggrave parfois les choses

Quand un enfant est en pleine crise, la partie de son cerveau qui raisonne est pratiquement déconnectée. Ce n'est pas qu'il refuse de vous entendre : c'est qu'à cet instant il ne peut pas traiter de phrases longues, d'explications ni de questions. Tout ce qui lui arrive comme un flot de mots devient davantage de bruit, davantage de pression. C'est pourquoi, souvent, plus on explique, plus le volume monte. Nous essayons de convaincre par la logique quelqu'un qui, pour l'instant, ne fait que ressentir. Et c'est là que le conflit commence : deux personnes débordées, chacune attendant que l'autre se calme d'abord. La bonne nouvelle, c'est que vous n'avez pas besoin de trouver les mots parfaits. Vous avez besoin de peu de mots, dits avec un corps apaisé. Sous les cris se cache un besoin : se sentir en sécurité pendant que quelque chose, à l'intérieur, le dépasse. Votre voix calme fait partie de cette sécurité.

Ce qui se cache sous le cri

Avant de réfléchir à ce qu'il faut dire, il aide de se rappeler ce qui se passe vraiment. Les enfants font ce qu'ils peuvent avec ce qu'ils ont. Une crise de colère n'est pas un plan pour vous manipuler ni un caprice : c'est la façon dont un cerveau en construction décharge une émotion qui le dépasse. Sous « Je ne veux pas ! », « C'est à moi ! » ou « Va-t'en ! » se cache souvent un besoin concret : la fatigue, la faim, la frustration face à quelque chose qui ne marche pas, une transition qui lui coûte, ou tout simplement trop de stimuli d'un coup. Le comportement n'est que la pointe de l'iceberg. La capacité que votre enfant est en train d'apprendre, petit à petit et après de nombreux essais, c'est celle de se réguler : remarquer ce qu'il ressent dans son corps, laisser l'émotion descendre et revenir au calme. Il ne naît pas en le sachant. Il l'apprend à vos côtés, bien souvent. Chaque crise accompagnée est une répétition de cet entraînement.

Quoi dire sur le moment : peu de mots, dits doucement

Voici des phrases que vous pouvez garder à portée de main. Ce n'est pas un script magique, et elles ne fonctionnent pas pareil à chaque fois. Ce sont des points d'appui pour les moments où votre propre tête reste vide. L'ordre qui aide le plus souvent est simple : d'abord, vous protégez avec une limite qui passe à l'action, puis vous validez ce qu'il ressent, et ensuite vous l'accompagnez pendant que ça redescend. Vous verrez que presque tout ce que vous dites à ce stade est court.

Pour protéger (la limite est une action, pas un sermon)

S'il y a quelque chose à stopper (il frappe, lance des objets, court vers la rue), la limite se tient avec le corps, pas avec un discours. Vous dites peu et vous agissez : « Je ne te laisse pas frapper. Je vais tenir tes mains. » Et vous le faites, avec fermeté et douceur à la fois. Une limite ferme et bienveillante n'a pas besoin de cris ni de menaces pour tenir.

Pour valider (nommer sans minimiser)

Évitez le « ce n'est rien », parce que pour lui, c'est beaucoup. Essayez : « Tu es très en colère. » « Tu voulais continuer à jouer et il a fallu s'arrêter. C'est vraiment difficile. » « Dis donc, quelle colère ! » Vous mettez un mot sur ce qu'il ressent, sans le juger. Vous ne lui donnez pas raison sur ce qu'il voulait ; vous reconnaissez ce qui se passe à l'intérieur de lui.

Pour co-réguler (votre calme l'aide à se réguler)

Quand la crête commence à retomber, offrez votre présence sans rien exiger : « Je suis là. » « Quand tu veux, je te fais un câlin. » « On respire ensemble si ça te dit. » Ne demandez pas pourquoi il a fait ça, ne cherchez pas à ce qu'il s'excuse, ne réexpliquez pas la règle. Tout cela vient après, quand vous êtes tous les deux apaisés.

Ce qu'il vaut mieux éviter (même si ça sort tout seul)

Il y a des phrases que nous disons presque automatiquement et qui, sans le vouloir, alimentent le conflit. Ne vous blâmez pas si vous les utilisez : à vous aussi, elles échappent quand vous êtes à bout. Cela aide simplement de les repérer pour les laisser tomber peu à peu. « Si tu ne t'arrêtes pas, on s'en va et pas de parc. » Les menaces montent la mise et transforment le moment en lutte de pouvoir dont il est difficile de sortir sans que quelqu'un perde. « Ce n'est pas si grave » ou « ne pleure pas pour ça ». Minimiser l'émotion lui apprend que ce qu'il ressent n'a pas de place, et non pas qu'il peut le gérer. « Tu es très méchant quand tu fais ça » ou « quel enfant pénible ». Les étiquettes collent. Votre enfant n'est pas sa crise ; il est en train d'avoir une crise, ce qui est différent. « Tu le fais pour attirer l'attention. » Interpréter en négatif nous éloigne du besoin réel. Et oui, parfois il a besoin d'attention, et c'est aussi un besoin légitime à accueillir, pas un délit à punir. Et une de plus, la plus importante : ne vous exigez pas un calme parfait. Vous allez perdre patience un jour ou l'autre. Quand cela arrive, réparer fait partie de l'apprentissage : « Tout à l'heure je t'ai parlé en criant et je n'ai pas aimé ça. Je suis désolé. On réessaie. » Vous voir réparer lui apprend à réparer, lui aussi.

Le travail qui vous revient

Voici la partie dont presque personne ne parle : la crise déclenche aussi quelque chose en vous. Ce peut être le sentiment de faillir, la gêne quand il y a du monde qui regarde, ou un écho de la façon dont on vous a traité, petit. L'adulte, lui aussi, se laisse déborder, lui aussi a ses croyances. C'est pourquoi, avant de trouver les mots pour votre enfant, il aide d'en avoir un pour vous : « C'est une tempête, pas une urgence. » « Je n'ai pas à réparer, j'ai à accompagner. » « Son calme viendra du mien. » Remarquez votre propre corps : la mâchoire serrée, les épaules remontées, le souffle court. Desserrer votre propre tension, même un peu, c'est ce qui rend possible tout le reste. Ce n'est pas facile et vous n'y arriverez pas à chaque fois. Et pourtant, chaque fois que vous essayez, vous modelez devant votre enfant exactement la capacité que vous voulez qu'il apprenne.

Comment continuer à s'exercer (en dehors de la crise)

La régulation ne s'entraîne pas en plein milieu du cri, pas plus qu'on n'apprend à nager en tombant d'un bateau. Elle s'entraîne avant, depuis le calme, quand tout est apaisé. C'est là que l'apprentissage se consolide pour que, dans le moment difficile, l'enfant ait quelque chose à quoi se raccrocher. Les histoires sont l'une des façons les plus douces de s'exercer. Une histoire permet à votre enfant de voir un personnage traverser sa tempête et en sortir, avec un adulte qui tient la limite et accompagne. Nos histoires sur les crises de colère sont justement pensées pour cela : elles offrent une phrase-outil que vous pouvez garder tous les deux et utiliser quand le vrai moment arrive. Vous pouvez jeter un œil à la section des histoires sur les crises de colère. Et pour les moments paisibles de la journée, les activités aident à donner du corps et du jeu à ce travail de remarquer et d'apaiser les émotions : de petites pratiques que vous faites ensemble, sans pression, pour que la capacité grandisse doucement. Vous les retrouverez dans notre section d'activités. Sans hâte et sans magie : chaque moment accompagné compte. L'émotion descend un peu, et ça, c'est déjà apprendre.

Ressources complémentaires

Histoires sur les crises de colère : des récits pour s'exercer au calme depuis le calme, avec une phrase-outil que vous pouvez garder tous les deux (/fr/cuentos/rabietas/) Activités pour les moments paisibles : des jeux simples pour remarquer et réguler les émotions, sans pression (/fr/actividades/)

Questions fréquentes

Faut-il beaucoup parler ou peu pendant la crise ?

Peu. En plein pic, la partie du cerveau qui raisonne est presque déconnectée, et les longues explications ajoutent du bruit. Mieux vaut peu de mots, dits doucement, et votre corps apaisé à côté. Les conversations sur ce qui s'est passé viennent après, quand vous êtes tous les deux calmes.

Valider ce qu'il ressent, n'est-ce pas lui donner raison ?

Non. Valider l'émotion, ce n'est pas approuver le comportement ni céder sur ce qu'il demandait. Vous pouvez tenir la limite (« je ne te laisse pas frapper ») tout en reconnaissant ce qu'il ressent (« tu es très en colère »). Ce sont deux choses différentes, et elles peuvent tenir ensemble.

Et si je perds patience et que je lui crie ?

Cela vous arrivera, parce que vous êtes humain et que vous aussi, vous vous laissez déborder. Quand cela arrive, réparez : « Tout à l'heure je t'ai crié dessus et je n'ai pas aimé ça. Je suis désolé. » Vous voir réparer lui apprend à faire de même. La réparation fait partie de l'apprentissage, pas un signe que vous vous y prenez mal.

Ces phrases vont-elles faire disparaître les crises ?

Non, et méfiez-vous de quiconque vous le promet. Les crises sont normales tant que le cerveau de votre enfant mûrit. Ce que vous pouvez faire, c'est accompagner chacune d'elles pour que l'émotion descende un peu plus tôt, et pour qu'avec de nombreuses répétitions, votre enfant gagne peu à peu la capacité de se réguler. C'est un processus long, pas un interrupteur.

Quand faudrait-il s'inquiéter des crises ?

Les crises fréquentes font partie du développement. Cependant, si elles sont très intenses, très longues, si elles incluent des automutilations, ou si vous remarquez qu'elles gênent beaucoup le quotidien de façon durable, parlez-en à votre pédiatre ou à un professionnel. Pas pour vous alarmer, mais pour avoir un regard d'accompagnement à vos côtés.